Playmobil fabrique ses figurines depuis les années 70 au sein du groupe allemand Geobra Brandstätter. Mais la géographie de cette production a profondément changé : l’usine historique de Dietenhofen en Allemagne a fermé, et la fabrication s’est recentrée sur Malte et la République tchèque. Comprendre ce basculement, c’est saisir les logiques industrielles qui transforment un jouet européen emblématique.
Fermeture de l’usine Playmobil de Dietenhofen : les raisons économiques
L’usine de Dietenhofen, en Bavière, a longtemps incarné le « Made in Germany » de Playmobil. Sa fermeture marque la fin de la production de figurines sur le sol allemand, après plusieurs décennies d’activité.
Le groupe Horst Brandstätter a justifié cette décision par la hausse des coûts de production en Allemagne, en particulier les coûts de main-d’oeuvre et les prix de l’énergie. Ces facteurs rendaient les lignes de fabrication allemandes non rentables face à la concurrence interne du groupe.
L’inventaire de l’usine a été mis aux enchères en ligne après la fermeture. Des figurines géantes et du matériel industriel ont trouvé preneur, certaines pièces atteignant des enchères élevées auprès de collectionneurs et de nostalgiques de la marque.
Hal Far à Malte : principal site de production Playmobil

Le site de Hal Far, à Malte, est devenu le principal pôle de fabrication et d’assemblage des figurines Playmobil. L’implantation maltaise remonte aux années 70, quand le groupe cherchait à développer sa capacité de production hors d’Allemagne. L’île offrait alors des coûts opérationnels plus faibles et une position géographique favorable pour la distribution vers le bassin méditerranéen.
Avec la fermeture de Dietenhofen, Hal Far a absorbé une part majeure de la production de figurines. Le site produit chaque année un volume considérable de pièces en plastique, qui sont ensuite assemblées, peintes et conditionnées sur place.
Un parc d’attractions (Playmobil FunPark) est installé à proximité de l’usine. Depuis 2021, la visite de l’usine elle-même n’est plus accessible au public. Seuls le parc et la boutique restent ouverts aux visiteurs.
Usine Playmobil en République tchèque : le second pôle industriel
La ville de Cheb, en République tchèque, accueille le second site de production du groupe. Cette usine joue un rôle complémentaire à celle de Malte, en se concentrant sur certaines gammes de pièces et de boîtes.
La stratégie industrielle de Playmobil repose donc sur deux piliers géographiques :
- Hal Far (Malte) pour la majorité de la production de figurines et l’assemblage principal
- Cheb (République tchèque) pour des lignes de fabrication complémentaires, avec des coûts de main-d’oeuvre également plus faibles qu’en Allemagne
- Le siège et les fonctions de conception restent en Allemagne, à Zirndorf, où se trouve aussi le FunPark allemand
La fabrication n’est plus allemande, mais la conception et la direction le restent. Ce découplage entre production et R&D est fréquent dans l’industrie du jouet européenne.
Disparition du « Made in Germany » sur les boîtes Playmobil

Depuis fin 2024, la mention « Made in Germany » disparaît progressivement des emballages Playmobil. Les nouvelles collections portent désormais des mentions « Malta » ou « République tchèque » selon le site de production.
Ce changement a un impact direct sur la perception des consommateurs. Pour les collectionneurs, les boîtes portant encore la mention « Made in Germany » prennent de la valeur sur le marché de la revente. La rareté croissante de ces références alimente un marché secondaire actif.
Du point de vue réglementaire, l’étiquetage reflète simplement le lieu réel de fabrication. Le transfert de production n’implique pas de modification des normes de sécurité appliquées aux jouets, qui restent soumis à la réglementation européenne quel que soit le pays de fabrication au sein de l’UE.
Crise financière de Playmobil : contexte et pertes du groupe
Le transfert de production s’inscrit dans un contexte financier difficile pour le groupe. Playmobil a enregistré des pertes financières significatives ces dernières années, avec un résultat d’exploitation en recul marqué.
Plusieurs facteurs se combinent :
- La concurrence accrue des jouets numériques et des licences de divertissement (jeux vidéo, tablettes)
- La hausse des coûts des matières plastiques et de l’énergie en Europe
- Un marché du jouet traditionnel en contraction dans plusieurs pays européens
La fermeture de Dietenhofen fait partie d’un plan de restructuration plus large visant à réduire les coûts fixes et concentrer la production sur les sites les plus compétitifs. Le licenciement du responsable du comité d’entreprise de Dietenhofen après la fermeture a fait l’objet d’une couverture médiatique en Allemagne, soulignant les tensions sociales liées à cette transition.
Le groupe n’est pas en situation d’insolvabilité déclarée, mais la pression financière reste forte. La marque cherche à renouveler ses gammes et à intégrer davantage de matériaux recyclés dans ses produits, avec un objectif affiché de recyclage partiel de la production à moyen terme.
Playmobil reste une marque européenne, fabriquée en Europe, mais son ancrage industriel allemand appartient désormais au passé. La question pour les acheteurs et les collectionneurs n’est plus de savoir si le jouet vient d’Allemagne ou de Malte, mais si le groupe parviendra à stabiliser son modèle économique avec cette nouvelle répartition géographique.

